Notes:

"L'objet de mon intervention est un texte que j'ai écrit il y a presque un an, en aout 2002. Il s'intitule "l'esthétique par défaut, la beauté parfum vanille". Je l'ai écrit pour exprimer mon point de vue sur le sens d'une interface dans une pratique artistique en réseaux. Quel est le rôle d'une interface pour un artiste sur Internet ? Je voudrais à la fois vous présenter ce texte aujourd'hui et en même temps faire un zoom sur un point précis, une nuance qui me semble importante. Pour cela, en même temps que défilera le texte initial dans mon dos, je vous parlerais de la différence entre Par défaut, Neutre et Indéterminé...J'avoue qu'il sera difficile de suivre mon propos et lire le texte en même temps mais j'assume cette complexité et entrevois cette Démo comme une expérience de lecture-écoute, un moment dense et non-linéaire qui dure plus ou moins une demi-heure."

(run defaut.exe)

Tout d'abord, considérons Internet comme un environnement plutôt qu'un support. Une interface est un lieu de visibilité au même titre qu'une exposition. Mais la qualité d'un espace d'exposition n'est pas la même qu'un espace sur Internet. Il s'agit de contextes différents correspondant à des histoires différentes.

L'espace d'exposition est un espace neutre, celui de l'accrochage des oeuvres. La neutralité d'une salle blanche de musée a un rôle historique lié au modernisme, celui d'être un espace d'autonomie critique, hors de l'agitation du monde, une politique de distanciation. L'exposition est à ce titre un lieu déterminé de l'art. Vous franchissez le seuil de l'exposition consciemment. Vous marchez calmement, les mains derrière le dos, vous libérez vos yeux. L'espace de l'art est donc spécifique. Mon hypothèse est qu'aujourd'hui, pour plusieurs raisons l'exposition a perdu de son efficacité ou bien même sa fonction initiale et changera peu à peu de rôle. La neutralité de l'exposition est consécutive d'un monde industriel, un monde d'hyperproduction que nous quittons peu à peu. Les réseaux nous embarque dans un monde de services, de l'hyperchoix, une logique de l'accès comme le dit Jeremy Rifkin.

L'esthétique par défaut fait référence à un espace sur internet, celui de l'interface. A l'inverse d'un espace neutre d'exposition, l'espace par défaut est non spécifique. Ce n'est pas un espace d'art, mais un espace en lien avec d'autres sites. Tout est lié et interdépendant. L'esthétique par défaut fonctionne sur un principe de compatibilité qui découle d'une logique de l'échange sur Internet par interfaces interposées. "Inter" signifie d'ailleurs échanges en Latin.

Pour mettre à jour la rupture plus forte entre neutre et par défaut, je vais comparer l'esthétique par défaut avec la notion de ready-made, modèle de l'art très ancré dans la culture de l'exposition. (Dans le texte initial, j'ai déjà consacré un chapitre au ready-made et je voudrais complêter). En apparence, le caractère prêt à l'emploi d'une interface par défaut ressemble au processus du ready-made, utiliser ce qui éxiste déjà. La première version dit:" D'un point de vue linguistique, ce sont tous les deux des locutions. « Par défaut » est une locution adverbiale et « ready-made » une locution nominale. Expression formée d'un groupe de mots, la locution souvent figée par la tradition, apparaît dans le langage par prolongement, par habitude et sans rupture. Le « Ready-made » est une expression empruntée au langage familier qu'utilise Duchamp en 1913 pour décrire l'art contemporain de son époque et son fonctionnement."
Thierry de Duve écrit en 1989 : "L'art est une convention de reconnaissance qui repose sur un choix dont Duchamp cerne les implications sociologiques. L'oeuvre n'existe qu'en fonction d'un regard qui l'adopte comme telle et d'une institution qui, l'accueillant, lui donne légitimité et signification". L'art depuis le ready-made fonctionne sur un principe d'importation-exportation, inclusion-exclusion. Il y a le dedans et le dehors, l'espace de l'art et la réalité du monde. Le ready-made est propre à un monde industriel. D'abord, une roue de bicyclette, un porte-bouteille, un urinoir sont des objets industriels. Ensuite il y a une parenté de processus entre le ready-made et la photographie, invention symptomique de l'ère industrielle. On isole un objet dans un environnement neutre (le ready-made) comme on fixe une image sur la pellicule (photographie). Dans "Notes on the Index: Seventies Art in America", October n°1, 1976, Rosalind Krauss écrit: "Le parallèle entre le ready-made et la photographie se fonde sur le processus de production".


J'aurais pu vous montrer des exemples d'interfaces esthétiques par défaut mais je préfère vous laissez incarner cette beauté parfum vanille. Lorsque j'ai commencé à écrire la première version il y a un an, mon seul exemple était les interfaces ftp faites de petits dossiers, dénuées de design, de choix graphiques portés par un message. Une interface par défaut ne fait pas de communication parce que l'art n'est pas une affaire de communication. La conception d'interface n'est pas non plus une affaire de graphisme. Les espaces neutres d'exposition sont devenues plus ou moins des territoires de communication, des entreprises qui gèrent une image de marque (palais de Tokyo). C'est la raison pour laquelle je conçois Internet comme une alternative à ce travers.
Il y a beaucoup de choses différentes et variées qui me semblent esthétique par défaut. Les fichiers MIDI par exemple qui sont interprétés différemment par chaque machine qui les lit. J'ai découvert il y a deux jours le travail photographique de Bruno Serralongue lors d'une conférence sur la photographie de Pascal Beausse à l'école des Beaux-arts de Toulouse. La manière qu'a Bruno Serralongue de choisir de ne pas prendre de choix me semble proche de l'esthétique par défaut.

Pour finir, je voudrais parler de la démo qui est peut être un autre type d'espace, ni neutre, ni par défaut mais indéterminé. La démo serait un espace de rencontre, un univers de déambulations dans des programmes informatiques comme peut le faire Robin qui va présenter POPEN. La manipulation d'interfaces en direct est une forme de connaissance par l'expérience. Cette indétermination est la condition d'une situation créative. A la différence de l'espace neutre d'exposition qui opère dans une distance critique, la démo est immerssive, englobante.

1- faire fonctionner le programme. Rien n'est jamais sur.
2- L'utiliser facilement sans se perdre dans les méandres de son interface.
3- Etre attractif, c'est à dire agencer et succéder étonnement, souplesses, transitions.