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« GAMMES~2002
est un projet du collectif Téléférique. Nous testons nos programmes
informatiques afin de constituer des gammes, d'images, de textes, de
fonds d'écran, d'icones, de volumes, de couleurs et de sons. Par ailleurs,
cette quantité de données fait l'objet d'un regard pour en dégager des
tendances, perspectives possibles par hybridations, collages et autres
croisements. Comme les démos que nous organisons, les gammes sont un
outil marketing. En réalité, nous en faisons usage moins pour typer
des consommateurs par niveaux de gammes (haut de gamme, bas de gamme,
etc.) que pour confronter nos travaux respectifs, proposer des lectures
possibles, formelles et esthétiques. Comme les programmes que nous proposons
à télécharger sur Téléférique, GAMMES~2002 pourrait fonctionner à son
tour comme outil, conceptuel celui-ci. L'interface proche d'un site
scientifique, souligne notre volonté d'appartenance à une communauté
de savoirs partagés. Notre travail intervient au moment où Getty Images
(Franck Getty) et Corbis (Bill Gates), multinationales spécialisés dans
la vente de photo en ligne, se partagent actuellement le monopole de
la vente de contenu numérique en ligne. Chacun d'eux a déjà racheté
de nombreuses agences de photos dans le monde. »
Grégoire Maisonneuve : Quel type d'images et de textes constituent vos gammes ? Téléférique
: Des images, des textes ou tout autre contenu généré. L'informatique
permet d'automatiser des taches et produire des variations en grande
quantité. Faire des gammes quand on programme est donc naturel.
Le processus domine. La date 2001 dans le titre "Gammes~2002" signifie
un moment de ce processus. Il y aura peut être "Gammes~2003". Par ailleurs,
c'est le processus qui est décrit pour la gamme effectuée par
un programme. Un exemple : "bOOm" est un logiciel de son pour Mac
qui fonctionne sur le principe d'une boîte à rythme. Il permet de jouer
avec ses propres sons, de leurs appliquer des effets et de sauvegarder
le morceau joué. On produit de moins en moins d'images mais des
logiciels. Pour moi, c'est une écologie. Nous avons trop de choix. Une
alternative est d'avoir des moteurs qui font des images quand on leur
dit.
G.M : Que signifie tester vos programmes ? Quelle est la procédure d'un point de vue général de ces tests ? T : Le processus
marketing est le suivant. Optimiser les gammes et dicter les tendances.
C'est rationnel et autoritaire. Je connais de nombreux designers qui
font des gammes et tendances en fonction de critères esthétiques, savoir-vivres
pertinents mais la pression du service marketing les obligent souvent
à se plier. Notre façon d'organiser une collection de gammes
et tendances est encore une autre manière de procéder,
un usage réapproprié après longue maturation ou expropriation. On apprend
pendant des années les techhniques de synthèses, résumé,
présentation, CV en s'apercevant un jour que cela peut servir
un propos hors objet, n'ayant plus de liens avec une réalité.
Tester nos programmes, c'est jouer avec. Makoto dit de ses logiciels
qu'ils sont des petits jouets. On les a nous même testés. On peut les
faire tester par d'autres mais la rémunération aurait posé le problème
du partage. Quelque fois, l'argent complique les choses.
T : Nous n'avons
pas d'usage préétabli. La consommation, le milieu de l'art nous impose
des usages, ce n'est pas pour en imposer aux autres. Il s'agirait de
provoquer un mouvement avec des technologies qui le permettent là
ou il en manque. C'est la mise en ligne qui va donner la réponse de
l'utilisation des gammes. C'est un Betatest en attente de Betatesteurs.
Pour ma part, il m'arrive souvent de piocher des images, sons et autres
sur des sites et de m'en servir. Comme pour les programmes sur Téléférique.
On ne sait pas ce que les gens en font. On ne peut pas obliger les gens
à rendre compte de l'usage qu'ils en font d'ailleurs. C'est un peu contradictoire
avec l'accès libre.
G.M : Pourriez-vous en dire un peu plus sur votre mode d'intervention vis à vis des multinationales citées ? (même s'il s'agit d'un mode d'intervention purement conceptuel). T : Je trouve mieux que
chacun tire les conséquences de ce rapprochement. Il paraîtrait hors
échelle de se comparer à Bill Gates. Nous sommes colonisés par
Microsoft mais ca n'empêche pas de faire ce qu'on veut. Paradoxalement,
son monopole est si grand qu'il perd la mainmise sur des usages locaux.
Nous lui sommes invisibles et ce n'est pas plus mal.
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