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autre point dans l'apport du travail des artistes cinétiques pour
comprendre l'art numérique est lié à l'importance accordée au spectateur.
Chez les créateurs de l'ère pré-électronique, la participation du
public fut sollicitée par une option et parfois une obligation pour
le spectateur d'intervenir dans des parcours ou par son simple mouvement
devant ou à l'intérieur de l'œuvre. Une période intermédiaire entre
participation et interactivité fut représentée par des œuvres sculpturales
ou environnementales* utilisant une technologie déjà avancée pour
créer des propositions animées électroniquement et modifiées totalement
par le comportement actif du public. Le spectateur ne se contente
plus de contempler l'œuvre, passivement ou activement, mais il accomplit
lui-même des actions ou des manipulations physiques, il entre en scène
lui-même, il s'engage dans le processus esthétique. C'est ce que l'on
retrouve dans les propos de Matko Mestrovic, organisateur de la première
exposition de la Nouvelle Tendance au Zagreb, en 1961, lorsqu'il explique
les visées de ce groupement : " L'œuvre agit sur l'appareil psycho-physique
perceptif et non pas sur la base psychologique ou culturelle du spectateur.
Le spectateur n'est pas invité à la contemplation, à la considération
passive, mais il doit prendre part activement au déroulement de l'œuvre
qui est constamment variable, soit à cause du mouvement du spectateur,
soit à cause du mécanisme propre qui le maintient dans le mouvement
et le changement continus. Un déroulement visuel-cinétique complexe
naît et il dépend de l'action du spectateur "4.
Avec l'art cinétique, l'association du temps, du mouvement, du son et de la participation du spectateur devient une composante de l'œuvre d'art. L'œuvre devient non-définitive et se fait au fur et à mesure qu'on la regarde. Le spectateur vit l'œuvre dans un temps réel et sa participation active est nécessaire. La technique prend une place grandissante dans l'œuvre. 2. Autres influences de l'art technologique : l'art conceptuel et l'art cybernétique. L'art technologique se nourrit à la fin des années 1960 des débuts des arts conceptuels et cybernétiques. Comme dans l'art conceptuel, l'intérêt d'une œuvre technologique réside dans l'idée qui est à sa base. L'artiste programme l'œuvre de telle sorte que d'autres puissent, en suivant les indications, exécuter le projet. Mais la différence avec l'art conceptuel, c'est la présence de l'interactivité du spectateur. Si l'art cybernétique5 se définit dès son origine comme un art recourant au mouvement grâce aux machines, conçu donc dans la lignée d'un Lazslo Moholy-Nagy, d'un Tatline ou d'un Antoine Pevsner, la fonction essentielle y est tout aussi bien la réaction dynamique. * * * 4 Cf F. POPPER, op.cit, page 11. 5 Selon l'acception de Norbert Weiner dans Cybernetics or control and communication in the animal and the machine(1948), la cybernétique renvoie à l'univers des machines dotées d'une intelligence artificielle. page 12 >> |