C'était en octobre. L’avion venait de décoller de Lyon et nous étions en pleine montée dans le ciel gris de la région Rhônes-Alpes. Je lisais un quotidien français offert par l'aéroport, notamment des articles concernant des attentat de grande échelle ayant eu lieu peu de temps avant, pour lesquels de gros avions pleins de passagers innocents avaient été utilisés. Lorsque nous avons percé la couche de nuages, j’ai constaté d’un oeil distrait qu’il faisait beau à cette altitude. Puis nous avons poursuivi notre route à l’horizontale, sans doute encore au-dessus de la Suisse ou déjà à proximité de l’Autriche.
J'étais seul à l'arrière de l’avion sur la dernière rangée de sièges et trouvais le bruit du moteur assomant, d'où l'idée de regarder la mer de nuage par le hublot, question de penser à quelque chose de plus léger et vaporeux. Dehors rien de spécial au premier abord, mais baissant instinctivement les yeux, je fus surpris de découvrir le fameux « spectre de Brocken » tant convoité des marcheurs de haute montagne et autres amateurs de chute libre. Ce phénomène est un arc-en-ciel complet, visible grace aux nuages et à leurs innombrables gouttes d’eau. Le « spectre de Brocken » tient son nom d’une vieille histoire survenue sur la montagne de Brocken, point culminant du massif du Harz, en Allemagne (1142m). Un alpiniste débutant y aurait trouvé la mort lors d’une chute, voyant le « spectre » autour de son ombre sur un nuage peu de temps avant l’impact fatal.
Bien sur je ne savais rien de tout ça en ce beau jour d’octobre. J'étais un peu fatigué, les yeux mi-clos. Il me restait au moins quarante-cinq minutes avant d’atterrir à Vienne. J’ai refermé le quotidien plein de nouvelles inqiétantes et me suis assoupi sans demander mon reste.